Bourane, La Navette Spatiale de l’Union Soviétique | Découverte

Bourane, La Navette Spatiale de l’Union Soviétique | Découverte

Bourane, la navette spatiale « à la Russe »

Une navette spatiale russe ! Vous n’en avez jamais entendu parler ! Pourtant elle existe bel et bien. Elle aurait pu conduire l’ex-URSS à un stade bien plus avancé que les USA dans la course à l’espace qui opposait ces deux grandes puissances pendant la guerre froide. Le cosmodrome de Baïkonour, soumis aux étés torrides et aux hivers glacés, se trouve dans l’ancienne république soviétique du Kazakhstan. Dans un vieux hangar désaffecté, soumis aux tempêtes de sable de cette région désertique, deux squelettes de navette spatiale gisent en attendant le passage du temps. Retour sur le programme Bourane (« tempête de neige » en russe), et sa navette spatiale à la russe qui a bien failli faire tomber le géant américain.

La navette spatiale Bourane et la course à l’espace

La navette spatiale Bourane est amenée vers le pas de tir
La navette Bourane sur son lanceur. Elle sera redressée en position verticale avant le décollage.

Dans les années 1970, le programme lunaire Apollo est un succès aux États-Unis. En cette période de fortes tensions géopolitiques entre les deux grandes puissances, et guerre froide oblige, les Russes se sont lancés également dans la course à la lune, mais sans grand succès.

Après cet échec colossal pour l’industrie spatiale soviétique, le pouvoir en place décide de modifier ses plans et de se lancer dans un nouveau projet, unique, que les Américains n’ont pas encore envisagé : la construction d’une station spatiale. Elle s’appellera Mir et reflètera la toute-puissance de l’Union des républiques socialistes soviétiques.

Pour mener à bien ce nouveau projet, l’URSS décide de remplacer son lanceur Soyouz par un engin réutilisable et capable de mettre en orbite des charges lourdes et encombrantes. Le choix se portera presque naturellement vers une navette spatiale comme celle des Américains.

Les deux systèmes se ressemblent visuellement. Est-ce qu’il y a eu espionnage industriel des Russes vis-à-vis des Américains ? Difficile à prouver, d’autant plus qu’à l’époque, toutes les recherches et études de la NASA sont publiques. Au pire, on peut simplement parler d’inspiration, car la navette américaine et la navette Bourane sont bien différentes.

Ce projet est colossal pour l’URSS : la mise au point et la construction de cette navette prendront 18 ans aux ingénieurs russes et impliqueront le travail de plus d’un million de personnes et de 1200 entreprises.

Les caractéristiques de la navette spatiale Bourane

La navette Bourane est conçue pour réaliser des missions aussi bien civiles que militaires. Dotée d’une soute de 17 mètres de long et de 4,5 mètres de diamètre elle peut placer en orbite des satellites grands et lourds. Son poste de pilotage présente une capacité d’accueil de 6 membres d’équipage pour des missions de 7 à 10 jours.

Un peu comme la navette spatiale américaine finalement. Mais qu’est-ce qui différencie Bourane ?

La navette spatiale Bourane ressemble à la navette américaine
La ressemblance est frappante, pourtant les différences sont fondamentales

Un engin spatial entièrement automatique

Bourane est une navette spatiale entièrement automatique capable de voler sans aucun pilote. Bien sûr son habitacle est fait pour accueillir un équipage, mais si nécessaire, elle peut très bien effectuer un vol sans personne à son bord. Les Américains ne se sont pas risqués à y penser.

La NASA a choisi de placer les moteurs principaux sur la navette même, les russes ont pris l’option d’équiper la fusée porteuse, Énergia, du système de propulsion principal. Résultats, Bourane est plus légère et peut emporter 30 tonnes de charge utile dans l’espace contre 24,5 tonnes pour la navette américaine.

Le bouclier thermique est ultra optimisé

La navette spatiale russe Bourane possède un bouclier thermique beaucoup plus optimisé que celui de la navette américaine.

Le « ventre » de la navette est recouvert de 40 000 tuiles thermiques optimisées et mises au point par un logiciel spécialisé. Leur fabrication a nécessité l’utilisation de machines-outils à commande numérique. Une grande première pour les années 1980 !

Ces tuiles en céramiques permettent à la navette de résister à des températures de 1250 °C. De plus, des tuiles en carbone occupent les zones fortement exposées lors de la rentrée atmosphérique comme le nez et les bords d’attaque des ailes. Elles résistent à des températures de 3000 °C.

Le lanceur Energia

La navette bourane fixée sur le lanceur Energia
La navette Bourane est mise en orbite grâce à la puissance du lanceur Énergia

Le lanceur qui propulse Bourane est très différent du système américain, car il s’agit d’une fusée. Énergia représente à l’époque la plus grande fusée jamais construite.

Ce lanceur est complètement modulaire : il est employé pour envoyer Bourane en orbite, mais il peut être également utilisé seul comme lanceur pour envoyer des satellites en orbite. De plus il peut recevoir des boosters supplémentaires.

Lors du couplage avec Bourane, Énergia est agrémentée de 4 boosters.

Au total, les ingénieurs russes ont fabriqué pas moins de 8 navettes de la famille Bourane :

  • Les 5 premières sont utilisées comme maquette et ne peuvent pas voler ;
  • La sixième navette est capable de voler et a servi aux vols d’essai atmosphérique ;
  • Les deux dernières navettes sont conçues pour s’envoler vers l’espace.

Le premier vol du vaisseau Bourane

Afin de transporter la navette de son lieu d’assemblage, situé près de Moscou, vers la zone de lancement à Baïkonour, les Russes mettent au point le plus gros avion de transport du monde, l’Antonov 225. Ce monstre des airs équipés de six puissants réacteurs peut atteindre un poids de 640 tonnes au décollage.

L'avion pour transporter Bourane
L’Antonov 225, un géant conçu pour transporter Bourane sur son dos

Le 26 octobre 1988, quelques minutes avant le décollage de la navette, des problèmes de pressurisation apparaissent et reportent le lancement.

Finalement, Bourane et sa fusée porteuse Énergia s’arrachent du sol, sans équipage, le 15 novembre à 6 heures du matin et atteignent l’altitude de 150 km. Bourane réalise alors deux tours complets de la terre avant de se poser sans encombre à 9 h 24.

Navette spatiale Bourane, retour sur terre
La navette spatiale russe a réussi son retour sur terre, ça sera le seul !

Les Russes ont réussi l’exploit de faire décoller et atterrir une navette spatiale sans équipage. Malheureusement, des événements d’un autre ordre allaient sonner le glas de cette aventure spatiale et de cette prouesse technique.

Chute du mur et implosion de l’URSS

En effet, dès 1989, le mur de Berlin s’effondre poussé par un vent de liberté d’un peuple trop longtemps soumis à un régime inefficace et indifférent. La destruction de ce mur signe l’abolition des régimes communistes en Europe de l’Est et la fin de la guerre froide.

L’URSS n’y survivra pas et implose en 1991. Du coup, les ambitions spatiales des Russes sont reléguées au second plan. Le programme Bourane devient trop couteux pour un pays en proie à de graves difficultés économiques.

En 1993, le financement du programme est arrêté. Les navettes spatiales Bourane resteront à tout jamais clouées au sol et sont remisées dans des hangars sur le site de lancement de Baïkonour.

Bourane abandonnée dans un hangar
La navette est remisée dans un hangar telle une vieille voiture !

Le mauvais sort continuera de s’acharner sur Bourane : en 2002, lors d’une réparation, le toit de l’un de ces lieux d’entreposage qui abrite l’une des navettes s’effondre en faisant 7 victimes parmi les ouvriers.

Conclusion

Bourane n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Il prouve qu’il est indispensable de disposer dans nos sociétés de structures solides dédiées à la recherche scientifique et technique afin de permettre la continuité du travail, quels que soient les décisions et les devenirs politiques.

Si vous souhaitez en savoir plus sur Bourane, n’hésitez pas à vous rendre sur le site Capcom Espace qui est une véritable encyclopédie de l’histoire spatiale.

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