La phagothérapie, l’alternative performante aux antibiotiques

ives etienne - la phagothérapie, alternative aux antibiotiques

 

La phagothérapie, alternative performante, est tombée en désuétude au début du 20e siècle. L’arrivée des antibiotiques l’avait définitivement rangée dans la case des vieux remèdes inutilisés. Face à l’ampleur de la résistance des bactéries, elle pourrait bien faire son retour et être l’arme absolue. Mais de nombreux obstacles subsistent dans nos pays européens.

Un peu d’histoire

En 1917, Félix d’Hérelle, chercheur de l’Institut Pasteur, fit une découverte surprenante. Il se rendit compte que quelque chose détruisait les bactéries qu’il cultivait dans son laboratoire. Il nomma cet agent bactériophage, ce qui signifie « mangeur de bactéries ». Le terme phage, plus court, peut être employé également. Le génie de ce chercheur est qu’il comprit très vite qu’une telle découverte pouvait avoir des applications médicales. Et tout cela sans jamais les observer puisqu’il fallut attendre encore 20 ans pour la mise au point du microscope électronique.

En 1919, il utilisa une suspension de bactériophages pour soigner un cas de dysenterie. La toute première phagothérapie voyait le jour. Quelques années plus tard, en 1925, des cas de peste furent traités de la même façon suivi par des malades du choléra en 1926.
En 1933, un institut de microbiologie spécialisé dans la phagothérapie fut créé à Tbilissi en Géorgie. Cet établissement est toujours actuellement le centre de référence mondial de la phagothérapie.

Mais un évènement allait sonner le glas de la phagothérapie dans nos pays occidentaux du moins : la découverte de la pénicilline en 1928 par Fleming. L’ère des antibiotiques était née et plus rien n’allait les arrêter !

Rencontre avec le bactériophage

Le bactériophage est un agent infectieux qui fait partie de la grande famille des virus. Il existe partout dans la nature, aussi bien dans le sol que dans l’eau. La particule virale est incapable de se reproduire seule et doit pénétrer à l’intérieur même d’une cellule vivante pour utiliser sa machinerie cellulaire. Certains virus infectent les végétaux comme celui de la mosaïque du tabac. D’autres ne s’attaquent qu’aux animaux tels que le virus de la maladie de Carré chez le chien. D’autres, les bactériophages, ne détruisent que les bactéries. Ils sont absolument inoffensifs pour les autres êtres vivants.
Une mise au point s’impose, un virus n’est pas une cellule. C’est pourquoi on parle de particule virale. Leur structure de base est commune : un matériel génétique (ADN ou ARN) enfermé dans une coque de protéines.

Il existe deux sortes de bactériophages. L’un d’entre eux infecte la bactérie, mais ne la détruit pas, c’est le phage lysogène. Celui qui nous intéresse est le phage lytique. Il tue la bactérie dans laquelle il pénètre ce qui en fait une arme de choix dans la lutte contre les maladies que plus aucun antibiotique ne soigne.

Technique d’attaque

Il existe presque autant de bactériophages qu’il existe de bactéries. Autant dire une quantité énorme. En général, un bactériophage donné infecte toujours la même espèce de bactéries. La reconnaissance se fait par la présence de récepteur sur la bactérie. Après avoir repéré sa cible, le phage s’y agrippe et injecte son matériel génétique dans la cellule bactérienne. La machinerie cellulaire de la bactérie est alors détournée et agit comme une photocopieuse qui va reproduire des milliers d’exemplaires du matériel génétique du virus, mais aussi de sa coque de protéine. Les nouveaux phages sont ensuite assemblés puis expulsés à l’extérieur par l’éclatement de la bactérie. Ce cycle est très rapide et recommence des millions de fois.

Dans les égouts !

Vous l’avez compris, la phagothérapie consiste à utiliser les possibilités des phages d’infecter des bactéries pour traiter des maladies infectieuses. Il existe actuellement un véritable problème de santé publique d’ordre mondial. Les antibiotiques sont de moins en moins efficaces parce que les bactéries deviennent de plus en plus résistantes. Ce problème est dû à une surconsommation de ces médicaments qui induit l’apparition de souches bactériennes ultrarésistantes. Ces super bactéries résistantes causeraient rien qu’en France la mort de 12 500 personnes par an. Et selon l’OMS, il est urgent de trouver de nouveaux antibiotiques ou des alternatives.

En France, un laboratoire mène des recherches afin de mettre au point des traitements aux bactéries multirésistantes. Un de leur domaine est l’utilisation des virus tueurs de bactéries. C’est de l’eau d’égout qui est utilisée comme source de bactériophages. Ceux qui sont retenus sont cultivés et amplifiés. Ils servent essentiellement, pour le moment du moins, dans des projets de recherche.Dans certains pays de l’Est, en Pologne, en Géorgie et en Russie, l’usage des bactériophages pour soigner les maladies infectieuses est une pratique courante qui donne des résultats surprenants. Le traitement est précis et personnalisé. C’est en général un mélange de phages qui est utilisé pour éliminer la bactérie résistante et une seule application est suffisante.

Toujours pas autorisées en France

Les pays occidentaux sont à la traîne dans le traitement des maladies infectieuses à bactéries par des phages. La raison est assez simple. Aucune étude clinique qui respecte les normes européennes et américaines n’a été réalisée. Les traitements utilisés en Europe de l’Est ne sont donc pas autorisés en France.

Il est très compliqué d’établir des normes pour un produit qui n’est pas chimiquement stable. Il s’agit d’un cocktail de bactériophage donc un mélange de molécules biologiquement actives. Il faut bien avouer aussi que les toutes puissantes industries pharmaceutiques ne montrent pas beaucoup d’enthousiasme à se lancer dans un projet qui ne leur rapporterait que peu d’argent.

Néanmoins, certaines autorisations ont été accordées au compte-goutte en France pour des cas bien particuliers avec des résultats surprenants.

4 thoughts on “La phagothérapie, l’alternative performante aux antibiotiques”

  1. Bonjour Camille. Merci pour le partage de cette vidéo. Il est inadmissible que la vie d’une personne dépende finalement du bon vouloir des autorités et des industries pharmaceutiques.

  2. Dans cette émission sur France 2, le témoignage d’un monsieur (le chauve) antibiorésistant condamné à mourir en France et qui est parti se faire soigner en Géorgie par phagothérapie. Il a créé une cagnotte pour récolter les fonds nécessaires. Aujourd’hui il est guéri.
    https://youtu.be/jwoFMhMLdcY

  3. Merci beaucoup pour votre commentaire. Vous avez bien raison: l’être humain est malheureusement l’être le plus dévastateur pour la nature. Mais comme je pense très souvent, la planète n’a pas besoin de l’Homme. Par contre, l’Homme sans elle n’est plus.
    Très bonne journée.

    Ives

  4. Très intéressant effectivement, la nature n’est pas si mal faite, lorsque l’humain de détruit pas tout par lui même !! 😉

    mais on comprend aussi facilement pourquoi ce n’est pas autorisé !!
    ça réduirait à néant les empires capitalistes des firmes pharmaceutiques… dont le principal intérêt n’a jamais été de soigner, mais uniquement de gagner des fortunes sur le dos des autres !! 😉

    merci pour cet article Ives

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